Le Gebs : une histoire marocaine
By SeleKtimmo, 29 novembre 2008, in News

Après le Tadelakt et le zellij, découvrons le gebs qui est une technique de décor en plâtre ciselé, surnommé dentelle de fer, dentelle pour l’aspect, fer pour l’outil.
Très sensible, il est mis hors de portée physique, au dessus du zellij habillant murs, coupoles, arcades, plafonds. Cependant il résiste bien au temps même en usage extérieur comme en témoignent ceux des médersas mérinides de Fès, datant du XIVe siècle. Cette technique s’applique à tous les types de motifs, géométriques et cursifs aussi bien qu’à la calligraphie.
La technique du gebs
Le plâtre, déposé en couches de quelques centimètres d’épaisseur sur la surface à habiller, est soigneusement lissé avant de recevoir le tracé. Les axes de symétrie, les points de repère seront marqués avant le report du dessin au pochoir. Vient alors le moment de la gravure, exigeant patience et habileté, réalisée à l’aide de divers outils métalliques. Le plâtre utilisé est à prise très lente, permettant ainsi à l’artisan de le travailler. Il est d’ailleurs possible de l’humidifier afin de le rendre à nouveau malléable. De couleur naturellement rose dans la région de Marrakech, il pourra également être teinté dans la masse, rehaussé de couleurs ou même de dorures.
La grande souplesse de cette technique permet d’adapter le décor à des contraintes particulières ou imprévues, à des surfaces irrégulières. Le gebs est de loin le matériau le plus présent en surface dans le décor, il est aussi le moins cher.
Nous ne pouvions pas finir cette série sans évoquer le travail du bois
Le bois dans le décor peut être sculpté, peint et/ou assemblé. Il orne les linteaux, les tympans, les plafonds et coupoles ainsi que les portes, fenêtres et moucharabiehs.
Le bois le plus prisé est le bois de cèdre et la technique la plus originale est celle du « zouak » ou bois peint. Une coupole demandera des milliers de pièces (identiques) de mouqarnas tandis qu’une porte sera ornée de véritables œuvres d’art car destinées à être vues de très près. L’assemblage se fait ensuite, les dessins au pochoir sont reportés avant la peinture et les modules de frises sont ensuite mis à sécher au soleil.
Le travail s’effectue toujours à plat dans l’atelier : la couleur est déposée à l’aide de fins pinceaux de poils de crinière d’âne, souvent réalisés par l’artisan lui-même. C’est un travail qui s’apparente par sa finesse à l’art de la miniature avec toujours une inscription dans le répertoire de formes codifiées (copies ou variantes). La technique reste inchangée, on peut noter l’apparition de coloris modernes.
Quelques sites parmi les plus beaux sites de l’art du décor au Maroc
Meknès : Porte Bab Mansour, Palais dar Jamaï, Bibliothèque et portes au Palais Royal
Fès : Zaouïa de Moulay Idriss, Fontaine Nejjarine, fondouk Nejjarine, médersa Bou Inania, médersa Sahrije, Palais Royal, mosquée Qaraouyine
Marrakech : les Tombeaux Saadiens, Dar Si Saïd, Médersa Ben Youssef, Palais de la Bahia, Le Palais de la Stinya, Palais du Glaoui
Salé : Médersa mérinide
Rabat : Mausolée Mohammed V, Palais Royal, Dar es Salam
Casablanca : Palais Royal, Mahakma du Pacha, Mosquée Hassan II
Pour une étude plus complète, passionnante et en images, nous vous conseillons la lecture d’Arabesques de Marc Castela avec des photographies de F.Peuriot et P.Poquin aux éditions ACR.
